RDC Cobalt blockchain

Comment la RDC utilise la blockchain pour tracer le cobalt extrait de son sous-sol ?

Vous utilisez probablement un smartphone, une tablette ou un ordinateur portable pour lire cet article. Saviez-vous qu’il y a deux chances sur trois que la batterie de votre appareil contienne du cobalt provenant de la République démocratique du Congo (RDC) ?

Dans cet article, vous découvrirez comment la RDC utilise des solutions basées sur la blockchain pour contrôler sa production de cobalt de manière à en tirer le meilleur parti.

Les enjeux du cobalt pour la RDC

Plus grand pays d’Afrique subsaharienne, la RDC possède un sous-sol extrêmement riche en ressources minérales (cobalt, cuivre, zinc, argent, germanium, uranium, or, coltan, étain, diamant, etc).

Vous l’aurez compris, ces minérais ne laissent pas les grandes puissances étrangères indifférentes. Certains vont jusqu’à dire que, c’est cette convoitise qui est en grande partie responsable de l’instabilité dans laquelle se trouve le pays depuis des décennies.

Le cobalt est un composant clé des batteries rechargeables lithium-ion utilisées dans l’électronique grand public (smartphones, ordianteurs portables, consoles de jeux vidéo,…) et les voitures électriques.

C’est également un matériau essentiel pour de nombreux domaines stratégiques, tels que l’industrie chimique, l’aérospatiale et la défense.

Par ailleurs, il s’agit d’un métal très prisé par les technologies vertes car il est compatible avec les efforts de lutte contre le changement climatique.

Avec tous ces atouts, le cobalt constitue un véritable levier de développement pour l’économie du pays, du moins en théorie.

Selon les données du Forum économique mondial (WEF), plus de 70% de la production mondiale de cobalt en 2020 provenait de la RDC. Il convient de noter que ce chiffre n’a cessé d’augmenter au fil des ans, la RDC représentant 51 % des réserves mondiales de cobalt estimées en 2019.

Répartition Mondiale Cobalt

Répartition mondiale des réserves estimées de cobalt en 2019 – Source : IFP Energies Nouvelles

Avec ce patrimoine minier, comment comprendre que la RDC figure en 6ème position dans le classement 2021 des pays les plus pauvres du monde établi par le Fonds monétaire international ?

Outre l’enjeu économique mentionné ci-dessus, le contrôle du cobalt revêt également un intérêt sociétal. En réalité, l’exploitation du cobalt en RDC s’est rendue tristement célèbre suite à un rapport de l’ONG Amnesty International publié en 2016, dénonçant le travail des enfants et les conditions de travail inhumaines dans les mines de cobalt. Ledit rapport a donné lieu à des poursuites judiciaires contre des géants de la technologie tels que Google, Apple, Microsoft.

Depuis lors, plusieurs initiatives ont été menées par des entreprises privées, le plus souvent soumises à la pression des organisations de défense des droits de l’homme.

Facilitées par le développement de la blockchain, ces initiatives visent à améliorer la traçabilité du cobalt issu des mines congolaises.

Le programme « Better Cobalt » et le Responsible Sourcing Blockchain Network (RSBN)

Lancé en 2018, le projet expérimental baptisé « Better Cobalt », avait pour objectif premier de garantir que les sites d’extraction de cobalt n’exploitent pas les enfants. Mais plus globalement, il s’agissait de donner à la chaîne d’approvisionnement du cobalt congolais un caractère plus éthique, plus démocratique, et un impact socio-économique positif.

Pour ce faire, RCS Global, l’entreprise britanique derrière cette initiative, a utilisé le Responsible Sourcing Blockchain Network (RSBN), sa solution blockchain pour le suivi des matières minérales. Le RSBN est construit sur la blockchain d’IBM et alimenté par Hyperledger Fabric de la Fondation Linux.

Le principe est d’équiper chaque sac scellé de cobalt produit par un mineur artisanal d’une étiquette numérique. Cette étiquette peut être inscrite sur la blockchain à l’aide d’un téléphone portable ou d’un ordinateur. Les informations enregistrées sur la dite étiquette sont liées entre autres au poids du sac, à la date et à l’heure d’enregistrement et aux acteurs de la chaine de la valeur.

En 2019, RCS Global a annoncé le succès de ce test pilote. Cette phase s’est déroulée sur le site de la mine de Huayou en RDC. Le test a démontré l’efficacité de l’utilisation de la Blockchain dans le suivi des minerais allant de la mine jusqu’au fabricant.

Ce projet pilote a sollicité la collaboration d’organisations de toute la chaîne d’approvisionnement (sociétés minières, transporteurs, fabricants, régulateurs, etc ) et de contoleurs agissant sur le terrain.

En 2020, RCS Global et la Responsible Minerals Initiative (RMI) ont annoncé l’expansion du programme de surveillance de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (ASM) à des sites supplémentaires à travers la RDC, l’objectif étant d’en couvrir une douzaine d’ici 2023.

Cobalt Blockchain

Une autre initiative basée sur la blockchain est celle de la société canadienne Cobalt Blockchain (COBC). Ses activités comprennent notamment la gestion d’actifs de cobalt en République démocratique du Congo (RDC).

L’entreprise utilise la blockchain pour réinventer le processus de suivi de la chaîne d’approvisionnement de minerais et la certification de leur origine (lieux, acteurs, conditions d’extraction).

En parallèle, elle s’assure que la production de cobalt n’implique pas :

  • le travail des enfants et de manière générale la violation des droits de l’homme ;
  • l’extorsion et la taxation illégale par des fonctionnaires du gouvernement ;
  • et le financement de conflits armés.

Cet objectif est atteint grâce à des mesures de santé et de sécurité correctes sur le lieu de travail et à des pratiques d’exploitation et de traitement respectueuses de l’environnement.

Le système proposé par Cobalt Blockchain repose sur l’ensachage et l’étiquetage des unités cobalt, ainsi que sur la compilation des informations relatives aux différents niveaux de la chaîne de valeur.

Ces données, enregistrées sur la blockchain, sont accessibles au public. De cette façon, les producteurs et les consommateurs peuvent connaître l’origine et le parcours des matières premières grâce à un système fiable et sécurisé.

Les défis qui restent à relever

Ne nous emballons pas ! Nonobstant son apport sans doute significatif, la blockchain ne pourra pas résoudre tous les problèmes du cobalt au Congo. Des obstacles doivent encore être surmontés avant que l’on puisse parler d’un « cobalt éthique » en RDC.

Selon les experts, la chaîne d’approvisionnement du cobalt est assez complexe. Elle compte 12 étapes, contre seulement 5 dans le cas des pierres précieuses. Cela augmente considérablement le nombre d’acteurs et de facto, le risque dans un pays encore fortement marqué par la corruption.

De plus, nous constatons l’absence d’initiative de l’État congolais pour l’émergence de ces solutions. Ce dernier, véritable garant des intérêts du peuple congolais, est un acteur essentiel.

Cette absence pourrait s’expliquer par la propension de nombreux pays d’Afrique subsaharienne à subir les avancées technologiques plutôt qu’à les co-construire. En outre, on constate un manque de coordination stratégique des politiques dans les secteurs minier et technologique.

Par ailleurs, on peut déplorer une volonté politique en deçà des attentes en matière de protection des intérêts nationaux.

Enfin, nous n’aurons de cesse de promouvoir une Afrique où règne la synergie dans le travail. Pouvoirs publics, chercheurs, financiers, développeurs, experts en tout genre travaillant ensemble pour résoudre les problèmes qui rythment notre quotidien.

Quand est-ce que les Congolais pourront tenir leur téléphone portable sans ressentir le goût amer d’un bien qui ne profite qu’aux autres ?

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