Ghana blockchain cadastre

Comment le Ghana réinvente son cadastre grâce à la blockchain ?

Dans les pays africains, les transactions foncières illégales sont de plus en plus récurrentes. Ce phénomène étant principalement favorisé par une mauvaise gestion cadastrale, il devient urgent de moderniser les systèmes de management établis. Dans cet article, vous découvrirez comment le Ghana tire avantage de la blockchain pour redynamiser son administration foncière.

 

La blockchain pour une meilleure gestion des terres au Ghana

Si le terme « blockchain » ne vous est pas familier, sachiez qu’il s’agit d’une technologie permettant de stocker et de transmettre des informations de manière transparente et sécurisée sans passer par un organe de contrôle central.

Depuis sa création en 2008 par Satoshi Nakamato, la technologie blockchain n’a cessé de gagner du terrain. Cela se justifie, entre autres, par les nombreux cas d’utilisation qu’elle permet. D’ailleurs, elle a investi le Ghana il y a quelques années, à travers des projets audacieux, dont notamment ceux visant à faire évoluer le système cadastral du pays.

En effet, le Ghana, comme la majorité des pays en voie de développement, est confronté à de nombreux problèmes en ce qui concerne la gestion de son régime foncier. Étant donné que cette dernière manque généralement de clarté, il est courant d’observer dans les tribunaux des affaires dans lesquelles un terrain ou une propriété a été vendu à plusieurs personnes à la fois.

Ce problème d’opacité dans les transactions foncières combiné à une sécurité juridique limitée engendre de nombreux dysfonctionnements administratifs et socio-économiques.

En effet, le risque d’être dépossédé d’un bien du jour au lendemain limite le recours aux crédits pour ce type de projet. Cela dissuade également les particuliers de faire des investissements sur fonds propres car, en cas de litige, la loi du plus fort est bien souvent la meilleure.

Fort de ce constat, plusieurs pays, dont l’Inde et le Ghana, se tournent vers la technologie blockchain pour améliorer leur système cadastral. Cette dernière est utilisé pour numériser le registre des propriétés foncières en horodatant et en enregistrant en temps réel et de manière permanente toutes les transactions. Ceci permet d’assurer à la fois traçabilité et transparence.

 

Bitland, l’ONG qui promet des titres fonciers stockés sur la blockchain

Au Ghana, c’est l’ONG Bitland, fondée en 2014 par Narigamba MWINSUUBO qui a pris les devants en proposant l’enregistrement des titres de propriétés foncières sur la blockchain.

L’objectif de Bitland est clair : éradiquer la corruption qui prévaut dans les litiges fonciers. Pour ce faire, l’ONG envisage de fournir une panoplie de services qui permettront aux individus et aux groupes d’enregistrer leurs titres de propriété sur la blockchain, faisant ainsi de ces enregistrements des données vérifiables, pérennes et immuables.

Sur son site web, Bitland propose une démonstration du fonctionnement de son application. Grâce à cette dernière, les acheteurs potentiels savent qui est le propriétaire légitime d’un terrain, ce qui permet d’éviter les problèmes liés aux ventes multiples et simultanées. Autre avantage intéressant : les prêteurs peuvent facilement vérifier la propriété d’un bien.

En permettant une consultation publique des données, la blockchain facilite le partage de la preuve de la validité des revendications des ayants droit entre les parties impliquées dans un litige.

 

BenBen, la startup qui veut conquérir toute l’Afrique

Une autre initiative novatrice est celle menée par BenBen. Fondée en 2015 par Emmanuel Noah, cette startup ghanéenne a pour but de numériser l’infrastructure du marché foncier africain.

« [ … ] bon nombre d’États africains ne disposent toujours pas d’un système offrant un accès sûr et fiable aux marchés fonciers. Ceci s’explique principalement par le manque de transparence et d’accès à des données fiables sur les marchés fonciers – une conséquence des registres publics de mauvaise qualité et surchargés, ainsi que de la concurrence entre plusieurs régimes fonciers. En outre, seulement 20 % des transactions foncières seraient conclues de manière formelle. Par conséquent, 80 % des activités sur le marché foncier ne sont ni connues, ni documentées », a déclaré Emmanuel Noah, PDG de BenBen, lors d’un entretien accordé au Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA).

Pour résoudre ce problème, BenBen rassemble les informations relatives aux transactions foncières publiques, qu’elles soient formelles ou non. Cette approche vise à obtenir une base distribuée de données vérifiées pouvant être exploitées par différents opérateurs économiques.

BenBen collabore avec la Ghana Real Estate Developers Association (GREDA) – un mouvement spécialisé dans la recherche de solutions aux problèmes du marché immobilier au Ghana – et certaines institutions financières telle que Absa Bank Ghana (ex-Barclays Bank of Ghana) en vue de simplifier les transactions de bout en bout entre les parties prenantes de la chaîne de valeur du secteur immobilier.

BenBen utilise la technologie blockchain pour préserver l’intégrité des données et assurer l’immuabilité et la transparence des transactions, tout en optimisant le coût et la rapidité des échanges.

 

Quand le gouvernement s’y met

En 2018, le gouvernement ghanéen a signé avec IBM un protocole d’accord afin d’aider le Ministère des Terres et des Ressources naturelles à relever les défis auxquels il est confronté en ce qui concerne la gestion des terrains.

En réalité, ce projet devrait également faire évoluer la logistique portuaire et les procédures douanières, l’objectif général étant de renforcer la transparence et de réduire la fraude.

Comme nous pouvons le constater, les bénéfices offerts par la technologie blockchain suscite déjà un fort intérêt auprès des entrepreneurs et les instances gouvernementales africaines.

Cependant, pour le moment sur le continent, seuls les pays anglophones (Nigeria, Ghana, Afrique du Sud et Kenya) sont en tête dans cette course à l’innovation.

Pensez-vous que les pays francophones d’Afrique seront en mesure de rattraper assez rapidement le retard accumulé jusqu’ici ? Dites-nous en commentaire comment vous envisagez cela.

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