Blanchiment d’argent : banques et cryptomonnaies

Elrond MAIAR

« Les cryptomonnaies favorisent le blanchiment d’argent ». Telle la phrase favorite des autorités gouvernementales, des instances de régulation financière et des acteurs institutionnels qui ont décidé de se positionner en détracteurs face à la démocratisation des crypto-devises.

S’agit-il d’une accusation justifiée ou d’une fausse allégation destinée à ternir l’image des cryptomonnaies afin de préserver un système qui ne profite qu’à une minorité de personnes dans le monde et leur permet de garder le contrôle sur l’économie et la société ? Dans cette tribune, nous tenterons de répondre à cette question de la manière la plus transparente possible.

Qu’est-ce que le blanchiment d’argent ?

Le blanchiment d’argent est l’action de dissimuler la provenance de fonds acquis illégalement (activités mafieuses, trafic de drogue et d’armes, détournement de fonds publics, extorsion, fraude fiscale, etc.) en les réinvestissant dans des activités légales.

Le blanchiment d’argent contribue au développement de la corruption et met en péril l’intégrité des institutions et des systèmes financiers des pays.

Source vidéo : C’est pas sorcier

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Quels sont les types de blanchiment d’argent ?

Il existe différents types de blanchiment d’argent. Nous pouvons distinguer entre autres :

  1. Le smurfing : il s’agit probablement de la méthode la plus répandue. Cette méthode consiste à verser de modestes sommes d’argent liquide sur différents comptes bancaires afin d’éviter le seuil de déclaration.
  2. La compensation : cette technique permet aux personnes ayant des avoirs non déclarés à l’étranger de les retirer en espèces. Les capitaux à blanchir sont remis directement à la personne qui a besoin de liquidités en échange d’un virement sur un compte à l’étranger.
  3. La complicité bancaire : Cette pratique signifie l’implication criminelle d’un employé de banque dans la facilitation d’une ou plusieurs opérations de blanchiment d’argent.
  4. Le transfert à l’étranger et rapatriement éventuel : De l’argent sale obtenu dans un État de droit est transféré dans un pays aux politiques plus laxistes. Il est ensuite considéré comme « propre » du fait de la complaisance du pays d’accueil.
  5. L’abus de biens sociaux : Cette pratique consiste pour le dirigeant d’une société commerciale à utiliser délibérément les actifs de la société à des fins personnelles. Le schéma le plus courant est celui d’individus fortunés qui ne détiennent absolument rien en banque, mais se paient un train de vie somptueux par le biais de sociétés-écrans (achat de superbes villas, voitures de luxe, yachts, jets privés, etc.).
  6. Le blanchiment via les casinos : l’argent à blanchir est converti en jetons dans un casino, et ces jetons sont ensuite encaissés sous forme de chèque.
  7. L’amalgame de fonds dans des entreprises honnêtes : l’objectif est de blanchir des fonds en investissant dans des entreprises qui génèrent beaucoup de revenus en espèces, comme les restaurants, les bars, les boîtes de nuit, les hôtels, les bureaux de change, etc.
  8. L’altération des valeurs en « dessous-de-table » : une personne peut acheter un bien à un individu disposé à déclarer un prix de vente nettement inférieur à la valeur réelle du bien et se faire payer la différence en espèces discrètement.
  9. L’arnaque à la loterie : cette méthode peut être utilisée de différentes manières. Par exemple, imaginons une loterie organisée par une société privée. Un blanchisseur d’argent pourrait envoyer de l’argent sale à cette société, faire semblant de participer à la loterie en sachant d’avance qu’il gagnera la mise par l’intermédiaire de son complice.
  10. L’auto-prêt : le blanchisseur confie à un complice de l’argent illicite sous forme de monnaie fiduciaire. Ce dernier lui prête une somme équivalente, appuyée par des documents de prêt, afin de créer l’illusion que l’argent du fraudeur est légitime.

À la lumière de ces informations, vous constaterez certainement que le blanchiment d’argent est un phénomène plus courant que vous ne l’auriez soupçonné.

D’ailleurs, en 2018, l’Organisation des Nations unies (ONU) a estimé que les opérations de blanchiment d’argent à l’échelle mondiale représentaient entre 1 600 milliards et 4 000 milliards de dollars, soit entre 2 et 5 % du PIB mondial.

La question est donc de savoir dans quelle mesure la responsabilité de ces chiffres outrageusement élevés peut être attribuée aux crypto-actifs.

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Les cryptomonnaies et le blanchiment d’argent

Appliqué aux cryptomonnaies, le blanchiment d’argent consiste à convertir des crypto-devises issues d’une activité criminelle en argent liquide ou inversement, afin de masquer l’origine illicite des fonds et d’en empêcher la traçabilité.

Une étude récente menée par la société d’analyse blockchain Chainalysis, montre qu’en 2019, les transactions en cryptomonnaies associées à des activités criminelles représentaient 2,1 % du volume total de transactions, soit 21 milliards de dollars. Ce chiffre aurait considérablement baissé en 2020 pour atteindre seulement 0,34 %, soit environ 10 milliards de dollars.

Au regard de ces statistiques, nous pouvons constater que les actions de blanchiment d’argent impliquant les crypto-actifs ne représentent même pas 1% de celles réalisées dans la finance traditionnelle.

Il est donc difficile d’affirmer en toute objectivité que les cryptomonnaies sont davantage un facilitateur du blanchiment d’argent que les outils de la finance traditionnelle.

En réalité, grâce à la traçabilité offerte par la technologie blockchain qui les sous-tend et aux procédures de vérification de l’identité de type Know-Your-Customer imposées par certains régulateurs, elles pourraient constituer une arme puissante pour lutter contre ce phénomène.

Bien sûr, vu sous cet angle, cela soulève la question de l’atteinte à la vie privée, puisque les crypto-devises ont d’abord été créées dans le but de garder confidentielles des données à caractère personnel.

Les banques et le blanchiment d’argent

Vous l’aurez compris : contrairement à la croyance populaire et au discours véhiculé par les médias généralistes, le Bitcoin n’est pas l’arène habituelle des activités de blanchiment d’argent.

En septembre 2020, un rapport d’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ) s’appuyant sur des documents secrets du gouvernement américain a révélé que de grandes banques (JPMorgan, HSBC, Standard Chartered Bank, Deutsche Bank et BNY Mellon) étaient impliquées dans le blanchiment d’énormes sommes d’argent.

Au total, les documents ont permis d’identifier plus de 2 000 milliards de dollars de transactions entre 1999 et 2017 qui ont été signalées par les responsables de la conformité interne des institutions financières comme pouvant donner lieu à du blanchiment d’argent ou à d’autres activités criminelles.

Plus récemment, le Pandora Papers, une enquête publiée le 3 octobre 2021 par l’ICIJ, a mis au jour plusieurs cas de fraude et d’évasion fiscales impliquant de nombreuses personnalités publiques.

S’appuyant sur 11,9 millions de documents provenant de 14 sociétés de services financiers, l’enquête a permis de découvrir plus de 29 000 sociétés offshore et des milliers de milliards de dollars cachés dans des paradis fiscaux.

La raison pour laquelle ce système de fraude prospère est que certaines institutions, et notamment les banques, jouent un rôle de facilitateur.

Il est donc difficile de comprendre pourquoi les personnes qui s’insurgent contre les cryptomonnaies au motif qu’elles contribuent au développement du blanchiment d’argent ne font pas de même lorsqu’il s’agit des établissements bancaires.

Conclusion

Sur la base des chiffres susmentionnés, la réponse à la question que nous nous sommes posée en introduction de cet article apparaît comme évidente. Nous vous laissons le soin de tirer vos propres conclusions.

 

Avertissement : Ce rapport ne constitue pas un document de conseil pour investir dans les cryptomonnaies. Il est important de bien s’informer avant de se lancer dans ce domaine, car de nombreuses entreprises malveillantes, en particulier en Afrique, profitent de l’ignorance des gens pour les arnaquer. Les crypto-actifs sont une véritable aubaine pour les économies, mais le préalable sera de diffuser des informations véridiques et d’éduquer la population avant de mettre en œuvre cette technologie.

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By Alexandro KOLANI

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